Être avocat, c’est accompagner, défendre, écouter et soutenir.
Mais certaines matières du droit mettent particulièrement notre humanité à l’épreuve. Le droit de la famille en fait incontestablement partie.
Dans notre profession, nous apprenons à garder du recul. C’est nécessaire. Pourtant, il arrive que l’émotion soit forte lorsque nous accompagnons des personnes qui vivent des situations familiales extrêmement douloureuses. Notre rôle est alors de les soutenir, de les guider et de faire entendre leur voix dans un moment de vie souvent marqué par la souffrance et l’incompréhension.
À l’étude, nous accompagnons de nombreux parents. Très souvent des pères qui ont le sentiment d’être éloignés de leurs enfants. Cela ne signifie évidemment pas que les mères seraient systématiquement en cause. Nous défendons également des mères confrontées à des situations dans lesquelles le comportement du père n’est pas adapté à l’intérêt de l’enfant.
Mais une réalité humaine revient fréquemment : des pères qui vivent difficilement la distance avec leurs enfants après une séparation. Parfois parce que la rupture a laissé des blessures profondes. Parfois parce que l’un des parents a été historiquement plus présent dans le quotidien de l’enfant. Parfois simplement parce que les équilibres familiaux sont difficiles à redéfinir après une séparation.
Dans ces situations, les enfants peuvent se retrouver au cœur de ce que l’on appelle un conflit de loyauté.
Et une question essentielle se pose : est-il vraiment du rôle d’un enfant de choisir entre ses parents ?
Comment demander à un enfant d’exprimer librement ce qu’il ressent lorsqu’il a peur de blesser l’un ou l’autre ? Comment attendre de lui qu’il tranche entre deux personnes qu’il aime profondément ?
Pour les parents, ces situations sont souvent extrêmement éprouvantes. J’ai vu des pères pleurer dans mon cabinet. J’ai vu des parents sortir d’audience profondément bouleversés, parfois découragés, tant les enjeux affectifs sont immenses lorsque l’on parle de son enfant.
Dans ces moments-là, notre rôle d’avocat est de rester aux côtés de nos clients, de porter leur parole et de les accompagner dans un cadre juridique qui cherche avant tout à préserver l’intérêt de l’enfant.
Mais ces situations invitent aussi à une réflexion plus large sur la manière dont nous pensons la coparentalité après une séparation.
Ne devrions-nous pas envisager, lorsque la situation le permet et lorsque l’âge de l’enfant le permet également, un principe de résidence alternée égalitaire ?
Autrement dit, partir du principe que l’enfant a vocation à conserver un lien équilibré avec chacun de ses parents, tout en permettant bien sûr d’adapter ce principe lorsque les circonstances particulières d’une famille l’exigent.
Parce qu’au-delà des conflits d’adultes, une chose devrait toujours rester au centre : l’enfant, et son droit fondamental de conserver une place auprès de chacun de ses parents.
